Construire une participation politique sociale large et multisectorielle au Guatemala

jeudi 1er octobre 2009 par Henry Morales L. (Movimiento Tzuk Kim-pop)

La participation politique dans les pays comme le Guatemala est particulièrement marginale et exclusive, surtout s’il s’agit de contribuer à des changements structurels et à des transformations de l’État.

Les mouvements sociaux sont caractérisés par leur diversité politique ou sectorielle, par leur hétérogénéité en termes de méthodologie et d’action, et par un large éventail d’intérêts qui ne tendent pas tous nécessairement à une même fin.

Les partis politiques, de par leur nature même, sont des institutions verticales, peu démocratiques et hautement excluantes. Ils répondent dans leur grande majorité à des intérêts sectoriels ou des groupes de pouvoir.

En revanche, les processus de construction d’alliances et de larges mouvements sont définis par leurs objectifs communs bien identifiés et surtout par leur recherche de consensus, une situation qu’il n’est pas toujours facile de construire.

Rechercher une articulation politique entre les groupes sociaux et les partis politiques n’est pas un processus commun. Ces deux entités sont en effet profondément contradictoires de par leur nature et deviennent vulnérables dès qu’il est question d’intérêts financiers ou d’élire des représentants au pouvoir.

Le Guatemala est un pays qui a connu un conflit armé interne pendant 36 ans, suivi de 13 années d’après-guerre ; c’est un pays qui connaît de profondes et croissantes inégalités sociales et économiques, dont la société est caractérisée par son pluriculturalisme et son multilinguisme et où la pratique de la terreur est quotidienne encore aujourd’hui. Dans ce contexte, les recherches de consensus entre la société et l’État, entre les mouvements sociaux et les partis, sont complexes et généralement difficiles à concrétiser.

À certaines occasions politiques, divers groupes sociaux et sectoriels se sont regroupés pour défendre des intérêts communs. Ces mouvements ont parfois perduré, mais dans d’autres cas, ils ont permis l’existence d’éléments externes comme la coopération internationale, ou sont devenus des facteurs d’articulation conjoncturelle, ce qui ne leur permet pas de durer dans le temps. Dans ces domaines, il y a pourtant une grande diversité d’expériences à partager : sociales, culturelles, de développement, politiques, environnementales et circonstancielles (crise), entre autres.

Dans diverses conjonctures politiques, on a cherché à se regrouper en plateformes ou en mouvements de grande ampleur, et à faire coïncider les objectifs d’articulation à court, moyen et long terme pour la participation dans la prise de pouvoir politique.

Une de ces expériences est celle de 2006-2007 autour d’un grand mouvement de gauche, appelé MAIZ (Movimiento Amplio de Izquierdas), une initiative provenant de plusieurs groupes sociaux et de quelques partis politiques. Le but était de contribuer largement et collectivement à construire un front de lutte avec une perspective de gauche, qui irait au-delà d’aspects fortement conjoncturels (élections) et serait l’instrument d’un changement d’articulation politique à long terme.

Le MAIZ est sans aucun doute devenu un nouveau et intéressant moyen d’articulation, mais malheureusement, en raison de la diversité d’intérêts, d’objectifs et d’un passé de contradictions, de pratiques verticales et de faible tolérance politique, il n’est resté qu’une expérience de plus. Il a d’ailleurs suscité plus de ressentiments sur sa pratique que d’aspects constructifs lui permettant de continuer de s’affirmer comme un moyen légitime de participation et de lutte politique et sociale.

Quelques leçons tirées de cette expérience :

  • le besoin de chercher à articuler les efforts politiques a amené à considérer l’instrument du MAIZ comme une nécessité et un projet viable et réalisable.
  • Le manque d’espace politique avec des objectifs et des points de vue clairs a favorisé le regroupement de plusieurs mouvements autour du MAIZ : mouvements et organisations sociales, instances universitaires, leaders sociaux et indigènes, et partis politiques.
  • La constitution du MAIZ a été lente et a fait l’objet de différentes et grandes discussions. L’élément au cœur de toutes les discussions était d’apprendre des erreurs du passé, des pratiques de participation politique qui sont apparues autour du mouvement révolutionnaire au Guatemala. Celui-ci a laissé un grand héritage, mais pas nécessairement positif. Cet héritage a cependant resurgi dans le cadre du nouveau mouvement MAIZ et est devenu inévitable et nécessaire.
  • Le point central de la constitution d’un instrument de regroupement politique est sans aucun doute la stratégie et le point de vue politique et idéologique. Ce point a été relativement moins complexe et difficile à mettre en place. L’ensemble des groupes concernés par cette initiative étaient de gauche et progressistes. Ceux-ci se sont mis d’accord sur la nécessité de formuler des objectifs de transformation sociale et structurelle, et surtout de renouveler le discours par rapport aux traditionnels discours électoraux et de partis habituels dans ce genre de processus.
  • D’un point de vue stratégique, la décision de faire du MAIZ un instrument politique avec une perspective à long terme et pas nécessairement électorale a été sans aucun doute au centre du débat. L’expérience nous a appris à transcender les perspectives à court terme, en particulier si le processus électoral suit cette dynamique. Sans écarter l’aspect électoral, en raison de l’existence même de partis de gauche dans le MAIZ, il a été décidé de participer aux élections de 2007, mais en soutenant de manière indirecte l’URNG (parti politique) qui participait activement à ce processus. Le MAIZ, en tant qu’instrument d’articulation politique, ne constituerait pas un parti, et son programme viserait quelque chose de plus grand et à long terme.
  • Après d’intenses débats visant à éviter que la composante électorale n’absorbe les priorités politiques de ce mouvement, plusieurs commissions ont été créées dans le but d’initier un processus sérieux de réflexion et d’élaboration de propositions. En trois à cinq mois, le MAIZ tenait sa base politique et ses propositions. Une fois cette première étape consolidée, le MAIZ a intégré la vie publique lors d’un événement réunissant divers grands secteurs sociaux adhérant au programme et s’engageant à travailler vers ce nouvel objectif de participation politique.
  • La motivation et l’intérêt de participer au MAIZ ont été de courte durée. Les élections générales avaient alors atteint la période de forte effervescence politique. La définition de critères politiques pour l’élection de candidats (aux présidentielles, législatives et municipales) avait commencé. C’était le moment décisif pour le MAIZ : serait-il un instrument solide avec des perspectives à long terme, ou l’initiative serait-elle absorbée par la conjoncture et les tendances de vote ? C’est l’aspect électoral qui l’a emporté. Les processus de sélection des candidat(e)s n’étaient pas du goût de tous les groupes. Des critiques ont été émises concernant le processus de sélection et les disqualifications politiques entre les groupes organisés et les autres participants, ce qui a amené à remettre en perspective la crédibilité et la viabilité du MAIZ.
  • À la fin, et dans le but de faciliter la participation politique aux élections, on est entré dans une phase de tolérance forcée, permettant ainsi de faire en sorte que la participation de l’URNG (en tant que parti représentant le MAIZ) au processus électoral soit la moins conflictuelle possible. Bien sûr, le niveau de motivation et de participation de tous les groupes n’a pas été celui attendu. Le résultat des élections n’a pas été très bon pour la gauche et pour le parti URNG. En plus de cela, d’autres mouvements de gauche ont participé à la bataille électorale. Ceux-ci adhéraient à l’origine au programme du MAIZ mais ils s’en sont éloignés lors du processus de réflexion et de détermination des critères et du contenu politique du programme.
  • Pour finir, l’élément qui a accentué la faiblesse du programme du MAIZ a été la décision provenant de l’URNG alors que la bataille électorale touchait à sa fin d’officialiser le MAIZ pour éviter toute mauvaise utilisation du sigle. Ainsi, le MAIZ est devenu partie intégrante de la personnalité juridique de l’URNG (URNG-MAIZ), ce qui allait à l’encontre de l’accord spécifiant que le MAIZ ne se constituerait pas en parti politique et ne serait pas officiel pour le moment afin de garantir le renforcement de son programme au niveau structurel et d’obtenir une plus grande participation. Cette décision non consentie par tous a conclu l’échec du MAIZ et de son objectif initial. Le MAIZ a continué d’organiser des réunions de travail une fois les élections passées, mais seulement avec quelques groupes, et la logique politique post-électorale a mis fin à la dynamique d’analyse et de débat que cette initiative avait entraînée.
  • A ce moment-là, en pratique, le MAIZ cesse d’exister en tant qu’instrument d’articulation politique.
  • Une des leçons tirées de ce processus est sans doute qu’il faut une réflexion plus approfondie entre le "pourquoi" et le "COMMENT" pour générer un processus d’articulation politique entre les partis et les groupes sociaux, quand ils ont des natures et des contenus tellement différents en termes de pratiques politiques.
  • Un autre élément important pour l’analyse est la nécessité d’instaurer une confiance politique et surtout des postulats et méthodes d’actions clairs. Cet élément garantirait certainement clarté et cohérence du point de vue des stratégies à utiliser sur des perspectives à court, moyen et long terme.
  • Ce qu’il faut faire valoir dans ce débat est la nécessité de garantir et d’encourager le caractère politique des organisations. Les mouvements sociaux ne doivent pas perdre leur autonomie politique, ni leurs approches sectorielles, professionnelles ou revendicatives. De même, les partis politiques doivent se considérer et être considérés comme un moyen et non comme une fin en soi. C’est la capacité à comprendre cette diversité et à l’utiliser de façon cohérente qui permettra d’engendrer des processus d’articulation politique.

Actuellement au Guatemala, divers processus de participation font leur apparition dans les groupes sociaux et politiques. Ces groupes, en majorité, s’accordent sur la nécessité de créer un important front de lutte pour faire face au modèle politique et aux grands problèmes structurels et pour contrer le système politique de ce pays. Mais les premiers signes de défiance apparaissent, motivés par la peur de revivre les anciennes expériences, et surtout la question de savoir comment faire pour qu’une telle diversité politique (somme toute positive) puisse aboutir en une force unifiée avec davantage de capacité d’action pour les objectifs fixés.

Encore une fois, l’expérience du MAIZ doit nous servir de leçon pour nous empêcher de commettre les mêmes erreurs et pour renforcer les nouvelles initiatives.

Il est indispensable de générer et de promouvoir une culture politique dans nos sociétés, une culture qui soit capable de mettre en avant les capacités existantes de nos sociétés pour faire face à des problèmes structurels ou de modèle politique qui asphyxient nos pays et nous empêchent de les transformer.

Il manque un discours inter-générationnel : il est nécessaire d’accorder une plus grande participation aux jeunes et aux femmes, de comprendre que les processus sont dynamiques, dialectiques, et qu’ils demandent de s’adapter aux nouvelles scènes mondiales et nationales.

Il faut travailler au renforcement de l’organisation sociale et communautaire, à la génération de processus où les changements vont venir d’en bas, de ces mêmes communautés ou groupes sociaux, et de là, travailler aux transformations nécessaires.

Il est impératif de concevoir des moyens de communication alternatifs, qui créent une conscience politique critique de la réalité, et non des mentalités aliénées et passives comme le font actuellement 95 % des médias à l’échelle mondiale.

Il est important de globaliser la solidarité entre les villages, les cultures, les organisations et d’aborder les problèmes d’un point de vue plus régional ou international. Il est également indispensable de transmettre et de partager les expériences.


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